Au frisson des drapeaux (Jacques Redelsperger)
Une oeuvre de saine propagande ...
.

 

Qui était Jacques Redelsperger (1847-1930) ? Selon certaines sources un poète, un écrivain, un peintre illustrateur...

En tous cas, il publie en 1917 un recueil de 49 poèmes dits "de guerre".

A l'époque ce mode d'expression en vers est courant , aussi bien en France qu'en Allemagne. Il s'agit d'un exercice de style fort à la mode et les journaux en publient régulièrement.

La couverture épique de L.Jonas préfigure deux photos qui feront la Une à la fin de la seconde Guerre Mondiale, le drapeau rouge sur le Reichstag et la bannière étoilée à Iwo Jima.

Beaucoup de dessinateurs, dont certains bien connus , ont apporté leur contribution à cet ouvrage. Outre L.Jonas, retenons celles d' Abel Faivre, Gottlob, Léandre, Métivet, Raemaekers, Robida, Willette ...

 

Difficile de mieux caractériser ce recueil que le fait le Sous-Secrétaire d'Etat de l'époque ... Albert Dalimier ! C'est "une oeuvre de saine propagande ."

Je ne reproduirai ici que les premiers vers de quelques poèmes.

Le Kaiser est crucifié comme les chouettes qu'on clouait jadis à la campagne aux portes des granges pour exorciser le Mal ( dessin de Pierre Chatillon)

Faisant un pilori de l'une de ces pages,

Comme on rive, avec un clou,

Au mur d'une maison des peaux de chats sauvages,

Ou le squelette d'un hibou,

je veux que le Kaiser ici puisse apparaître

En travesti de cabotin,

Jouant également le fat ou le traître:

C'est Tartufe et c'est Trissotin.

Le dessin de Raemaekers tillustre ses terreurs :

Le Kaiser taciturne a des frayeurs subites,

Et ses yeux effarés lui sortent des orbites,

Sans doute pour mieux voir de l'Est à l'Occident,

L'orage qui sur lui s'accumule en grondant..

A l'opposé le Pierrot soldat de Willette, candide et paisible, affiche une sérénité rassurante.

Le caporal m'a dit sans autre préambule:

"Pierrot, je vais t'offrir un poste à ta hauteur;

Ton vieux renom de noctambule

Te désigne entre tous pour être observateur".

Et me voici, la nuit, tapi sous une branche,

Dans le brouillard et le grésil;

J'ai camouflé d'azur ma silhouette blanche,

Et pour mieux tenir mon fusil,

J'ai pris un ris à chaque manche ;

Le Poilu s'est organisé pour l'hiver (dessin de Guillot).

Or cà, les civils,les badauds,

Chapeau bas devant ce grand homme,

Qui, la pipe aux dents, sac au dos,

Depuis l'Yser jusqu'à la Somme,

Et de Nancy jusqu'à Belfort,

Solide comme un contrefort,

Sous la rafale qui le fouette,

Profile au loin se silhouette.

Chapeau bas! C'est notre poilu,

Qui de la Camarde se moque...

 

Les Cigognes (dessin de Noel)

Au sommet de chaque maison,Là-bas, dans les plaines d'Alsace,

On aperçoit , de place en place,

Des points blancs tachant l'horizon.

Ce sont les cigognes, juchées

Sur les toits, veillant jour et nuit

Les corbillons tressés de gui,

Où dorment, calmes, leurs nichées .

 

L' Alsace libérée (dessin de Gottlob ) clôt le recueil .

France! il faut qu'à son tour vers toi ma voix s'élève

Pour te crier merci ! car l'éclair de ton glaive

Eblouit l'horizon...

Pour moi tu fais surgir les bataillons de terre,

Par toi je sens déjà mon âme libertaire

S'évader de prison.

 

Une mention spéciale pour conclure au poème construit sur "la lettre K" ( dessin de Metivet )

Cette Karikature de la langue allemande a également été publiée dans le Rire Rouge n°32 du 26 Juin 1915 .